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Ce qu'il faut de terre à l'homme

Chronique littéraire

Minimalisme
Illustration du billet Ce qu'il faut de terre à l'homme

Je ne sais pas vous, mais pour ma part, il m'arrive de croiser des phrases qui me marquent profondément. Des phrases si puissantes et si poétiques que je les garde et je les fais tourner un certain temps dans ma tête, comme du bon vin dans un verre.

Comme par exemple le titre de ce film de Jacques Audiard de 2005 : De battre mon coeur s'est arrêté. En dehors de toute considération pour le film, ne trouvez-vous pas cette phrase magnifique ?

Bref, récemment, nous avons acheté une bande dessinée qui porte également un titre qui me trotte dans la tête depuis : Ce qu'il faut de terre à l'homme, de Martin Veyron. Cette fable satirique parle de cupidité, et plus généralement, de notre société de consommation. Elle est inspirée d'une nouvelle de Léon Tolstoï et met en scène les habitants d'un village de Sibérie, et plus particulièrement un paysan, Pacôme. Pacôme n'a pas grand chose, il exploite seul sa terre avec sa femme et son fils. Sa femme est heureuse, ils ne manquent de rien, elle ne désire donc rien de plus. Très prosaïque, elle juge qu'il vaut mieux adapter la taille de leur exploitation à leurs besoins plutôt que d'essayer de posséder toujours plus. La vente du plus gros domaine de la région va cependant déclencher la convoitise des villageois et entraîner Pacôme dans une course infernale à la possession de nouvelles terres.

ALERTE SPOILER - Attention, si vous avez l'intention de lire la Bande Dessinée ou la nouvelle de Tolstoï, je vous conseille de vous arrêter là et de revenir finir le billet plus tard car je vais vous en révéler la fin  !

Dans sa course à la possession, Pacôme quitte son village et part à la recherche du pays des Baskirs, des éleveurs de bétail disposant de terres fertiles à perte de vue. Il se voit proposer un marché : les baskirs acceptent de lui céder toutes les terres qu'il aura pu parcourir en une journée de marche. Pacôme marche donc toute une journée, avec dans l'idée de faire le plus grand carré possible pour avoir le plus de terres possible. Puis il commence à faire un détour pour inclure dans son futur domaine une ravine, puis un bois avec une rivière. La journée passe et il doit absolument revenir au point de départ avant le coucher du soleil, ou il aura tout perdu. Il panique, commence à courir, s'épuise. Il revient finalement à son point de départ au moment où le soleil se couche. Il a réussi ! Le chef des Baskirs lui dit "Bravo mon gars, tu as gagné beaucoup de terre". Et sur ce, Pacôme... meurt d'épuisement ! 

Les dernières phrases du chef des Baskirs sont les suivantes :

"Enterrez-le. Deux mètres de longueur sur un mètre cinquante de largeur et de profondeur.

Voilà ce qu'il faut de terre à l'homme."

Voilà, pendant tout le récit, j'ai cru que ce qu'il fallait de terre à l'homme, c'était la taille de son exploitation pour vivre. Faut-il un jardin ? Faut-il plus ? Faut-il essayer d'agrandir seul son exploitation ? Faut-il se réunir en communauté pour mutualiser les terres et les biens ? Mais en fait, pas du tout. Ce qu'il faut de terre à l'homme, c'est rien, juste un emplacement pour nous enterrer quand on meurt. 

Bon, dit comme ça, ça ne vous semblera peut-être pas très gai, mais j'avoue que pour ma part, cela m'a plongé dans un abîme de réflexions sur les biens, la possession, l'accumulation, la consommation. Car au final, quand on part, on n'emporte rien, alors a-t-on vraiment besoin de passer notre vie à trimer pour avoir de l'argent, pour acheter des choses que l'on ne pourra pas garder ? Et surtout, pour notre part, n'ayant pas d'enfants, nous n'avons pas besoin d'accumuler pour léguer.

Je sais, je ne réinvente pas le fil à couper le beurre en vous disant tout ça. Au fond, on s'est tous déjà posé ces questions... Mais pour ma part, cette petite phrase m'a secouée et m'a donné pas mal de grain à moudre dans ma réflexion minimaliste...

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